Hypothèse de restitution des étapes de construction de la cathédrale de Strasbourg, vers 1275, crédit : F.OND, 3D : Inventive Studio - Stéphane Potier
Hypothèse de restitution des étapes de construction de la cathédrale de Strasbourg, vers 1275, crédit : F.OND, 3D : Inventive Studio – Stéphane Potier

En 45 ans, l’ancienne nef romane laisse place à une nouvelle nef de pur style gothique. Au milieu du XIIIe siècle, la nef strasbourgeoise et le chœur de la cathédrale de Cologne (en construction à partir de 1248) sont les créations gothiques les plus importantes du Saint-Empire.

 

La nouvelle nef et le style du gothique rayonnant

La nouvelle nef gothique de la cathédrale de Strasbourg, haute de 32 mètres, compte sept travées. Elle prend place sur les fondations du XIe siècle et conserve la largeur de 36 mètres de la nef romane. Elle se caractérise par son architecture de style gothique rayonnant, avec son élévation en trois niveaux : de grandes arcades soutenues par d’énormes piliers fasciculés surmontées d’un triforium ajouré et d’une claire-voie. Cette dernière est composée de quatre lancettes et d’un remplage de trois roses. Les murs et les parements en pierre sont réduits au maximum pour laisser la place à de grandes baies vitrées qui apportent un maximum de lumière au travers de vitraux figuratifs.

Les chapiteaux arborent des motifs végétaux d’une grande richesse artistique. Les écoinçons du triforium sont sculptés uniquement dans les trois premières travées, ce qui marque un changement de projet.

À l’extérieur, la nef est contrebutée par le système de contrefort et d’arc-boutant. Ce dernier sert de chéneaux d’évacuation des eaux pluviales vers les gargouilles.

Les niches à baldaquins situées sur les culées sont destinées à abriter une série de sculptures. Seules les premières culées situées à l’est ont accueilli des statues au Moyen Âge. Au XVIIIe et au XIXe siècle, des sculptures viendront combler les niches restées vides du côté sud de la nef.

Une construction en trois phases

La construction de la nouvelle nef se déroule en trois phases distinctes, progressant d’est en ouest. Une fois le bras sud du transept achevé, les premiers travaux pour la reconstruction de la nef débutent, notamment la construction des murs gouttereaux ​des deux premières travées des bas-côtés. Cependant, en raison de l’ajout des chapelles Sainte-Catherine et Saint-Laurent aux XIVe et XVIe siècles, peu de vestiges subsistent de cette première étape.

La majeure partie de la nef est édifiée au cours des deux phases suivantes : les trois premières travées à l’est, entre 1240-1245 et 1250-1260, puis les quatre travées à l’ouest aux alentours de 1250-1260 à 1275. Bien que l’achèvement de la nef en 1275 soit documenté par une ancienne chronique, la date exacte de la transition entre la deuxième et la troisième étape demeure incertaine.

À mesure que la construction de la nef progresse, les baies sont ornées de vitraux, suivant une iconographie précise :

  • Les prophètes sont représentés dans le bas-côté sud (remplacés par un cycle dédié à la vie du Christ et de la Vierge au XIVe siècle).
  • Les rois et empereurs du Saint-Empire sont illustrés dans le bas-côté nord.
  • Sur le côté sud du vaisseau central, les vitraux mettent en scène les saintes femmes.
  • De l’autre côté, au nord, ce sont les saints hommes qui sont représentés.

Le rôle incertain de la bataille de Hausbergen

La bataille de Hausbergen du 8 mars 1262, marque l’apogée de la querelle entre la bourgeoisie strasbourgeoise et l’évêque Walter de Geroldseck (évêque entre 1260 et 1263), qui voit son autorité de plus en plus contestée.

Bataille de Hausbergen, Émile Schweitzer, crédit : Musées de la Ville de Strasbourg, photo : Mathieu Bertola
Bataille de Hausbergen, Émile Schweitzer, crédit : Musées de la Ville de Strasbourg, photo : Mathieu Bertola

La question de savoir si cette bataille a eu un impact décisif sur la construction de la nef de la cathédrale reste controversée parmi les historiens et historiens d’art. En effet, en plein milieu des travaux de la nef, le projet change. L’idée initiale d’une longue nef est abandonnée, pour limiter les coûts. Les fondations romanes sont réutilisées en totalité, y compris pour la nouvelle façade occidentale.

La bataille conduit à l’expulsion temporaire de l’évêque de la Ville. Strasbourg devient ensuite ville libre d’Empire et le chapitre de la cathédrale perd une partie de ses prérogatives sur l’Œuvre Notre-Dame. Par la suite, l’institution va passer progressivement des mains du chapitre à celui du magistrat de Strasbourg.

Le jubé, un chef-d’oeuvre aujourd’hui disparu

Le jubé, construit vers 1250, servait de séparation entre la nef, réservée aux fidèles, et le chœur consacré aux chanoines. Haut de sept mètres, il s’ouvrait vers la nef par sept arcatures surmontées de gâbles, autour desquels figuraient les sculptures des apôtres et de la Vierge à l’Enfant. Son style architectural et ses sculptures s’inspiraient largement de l’art rémois de l’époque.

En 1682, l’évêque François-Egon de Fürstenberg fait détruire le jubé, seules quelques sculptures sont conservées encore aujourd’hui.

La dernière travée de la nef achevée en septembre 1275, un nouveau chantier commence : celui de la construction du massif occidental et de la tour sud.