Érigée à la fin du XVIe siècle, la tourelle d’escalier de la Maison de l’Œuvre Notre-Dame fait aujourd’hui l’objet d’un important chantier de conservation-restauration. Une intervention nécessaire pour préserver ce témoin de l’histoire architecturale strasbourgeoise.

La Maison de l’Œuvre Notre-Dame

Dès 1347, la Maison de l’Œuvre Notre-Dame devient le siège de la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame. Ce bâtiment, classé monument historique depuis 1862, mêle deux styles architecturaux : une aile gothique qui date du XIVe siècle, œuvre du maître Gerlach, et une aile Renaissance construite en 1579. Entre les deux, une tourelle d’escalier en vis se dresse, élégante et fonctionnelle, véritable trait d’union entre les époques. Le Musée de l’Œuvre Notre-Dame, installé dans ces murs depuis 1931, conserve des trésors d’art médiéval et de la Renaissance. L’édifice lui-même a traversé les siècles non sans dommages. En 1944, le bombardement allié détruit une partie de l’aile orientale sur plus de la moitié de sa longueur, tandis que la tourelle échappe miraculeusement à la destruction hormis le couronnement.

La tourelle d’escalier

Construite en 1578-1579, la tourelle hexagonale dessert les étages de la Maison. Son escalier en vis, accessible jusqu’au couronnement, constitue une prouesse de maçonnerie qui allie rigueur gothique et ornementation de style renaissance. Sans doute composé d’éléments en remploi de la cathédrale, le garde-corps (ou balustrade) a fait l’objet de plusieurs campagnes de restauration au fil des siècles. La restauration menée dans les années 1950, après la Seconde Guerre mondiale, est la mieux documentée. Le dallage est alors remplacé par une dalle en béton armé, le couronnement est entièrement déposé et un nouveau garde-corps est réalisé.

Le projet de restauration

Le chantier visera à prolonger la vie de ce témoin architectural tout en maintenant l’activité du musée. Il fera l’objet d’une Demande d’Autorisation de Travaux globale. Trois types d’interventions, pour le lot Pierre, structureront le projet :

  • le remplacement de trois panneaux de balustrade et des main-courantes associées ;
  • la restitution de trois encadrements de baie ;
  • la réfection de trois éléments de soubassement.

Cette opération de conservation-restauration permettra de préserver le couronnement fragilisé par de nombreuse altérations : fissures, fractures, désagrégation, desquamation, colonisation biologique sur les pierres les plus exposées.

Savoir-faire d’aujourd’hui, héritage d’hier

Jonathan et sa balustrade (garde-corps), crédit : F.OND
Jonathan et sa balustrade, crédit : F.OND

Cet hiver, Jonathan Waag, a mis temporairement de côté sa mission de conservateur sur le chantier du portail Saint-Laurent pour rejoindre l’atelier de taille de pierre, et se consacrer à la copie d’un des garde-corps de la tourelle. Les deux autres balustrades sont réalisées par Boris Debourbe et Vincent Munio. Le garde-corps de 1950 se distingue par une qualité de finition de taille, exceptionnelle. Une œuvre imposante, dont chaque face demande des centaines d’heures de travail patient et régulier. La pièce impressionne par ses dimensions  : 2.45 x 1.07 x 0.12 mètres et la taille de la partie centrale est particulièrement exigeante en raison de la position de travail inconfortable.

La réalisation du tracé, à l’aide du compas à verge, du trusquin, de l’équerre et de la règle, a précédé la taille manuelle, exécutée avec des outils traditionnels comme la pointe, la gradine, les ciseaux plats et ronds, et le fer à charruer. Ce travail a exigé rigueur et constance sur toute la longueur de la pièce, avec une attention particulière portée aux moulures. Jonathan a consacré 550 heures à la taille de cette première face (photos 5 à 9) et l’ébauche de la deuxième (photos de 1 à 4), soit près de 1 000 heures pour l’ensemble. Il réalisera la seconde face l’hiver prochain.

Le grès provient de la carrière Metzger, l’une des dernières à fournir une pierre adaptée à la restauration. Sa composition, plus argileuse que celle d’autres grès à meules, exige une attention constante. Jonathan a d’abord dégrossi, une phase rapide qui laisse ensuite place à une étape plus minutieuse et délicate : évider et tailler les moulures. La finition au fer à charruer a réclamé beaucoup de régularité, surtout au niveau des parties rayonnantes, où chaque coup d’outil laisse une trace révélatrice et dévoile la qualité du travail.

Jonathan exprime son enthousiasme : « J’adore faire ce genre de pièce, c’est de la vraie taille de pierre, tout à la main, sans carottage. La deuxième face posera encore plus de défis : la moulure s’annonce plus fine, plus complexe. »

Les autres étapes du chantier suivront une logique de respect de l’existant et de mise en valeur des éléments anciens, entre conservation et restauration.

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