Conférence proposée par la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame et la Société des Amis de la Cathédrale de Strasbourg

Monuments d’art et de foi, les cathédrales servent aussi la puissance des nations. Depuis la fin du XVIIIe siècle, ces monuments bâtis pour incarner à la fois la spécificité d’un diocèse et l’universalité de l’Église sont mobilisés au service de la glorification des États où elles s’élèvent et des peuples qui les ont bâties.

Au XIXe siècle, construire la nation, c’est parfois construire la cathédrale : l’exemple de l’achèvement de la cathédrale de Cologne, assumée par le roi de Prusse, montre ce triomphe de l’essence politique du monument : un souverain protestant achève un édifice catholique car il est censé incarner l’Allemagne unifiée.

De même, en France, les cathédrales, à commencer par Notre-Dame de Paris, sont exaltées, à la même époque comme incarnation du génie national, tout comme en Angleterre. Ce même XIXe siècle marque aussi le retour triomphal du monde orthodoxe dans ce grand jeu de la « géopolitique des cathédrales » : à Saint-Pétersbourg puis à Moscou s’élèvent pour la première fois des cathédrales orthodoxes dépassant Sainte-Sophie de Constantinople en taille et rivalisant avec les grands édifices occidentaux.

Au XXe siècle, ces cathédrales des nations sont au cœur des conflits. Les réappropriations de la cathédrale de Strasbourg lors des deux occupations allemandes et le bombardement de la cathédrale de Reims en sont autant de témoignages, tout comme la démolition de la cathédrale orthodoxe russe de Varsovie dès l’indépendance de la Pologne acquise en 1918. Mais elles peuvent aussi devenir des lieux de renaissance et de réconciliation, comme celles des villes martyres de Coventry et de Nagasaki.

Depuis les années 1950, on constate également une mondialisation des cathédrales. Les pays émergents, nouvellement indépendants bâtissent à leur tour des cathédrales nationales. De Brasilia à Abuja, d’Accra à Nairobi, on assiste à une floraison d’édifices nouveaux, tout comme dans certains anciens pays communistes.

En 2025, la Roumanie inaugure ainsi la plus vaste cathédrale orthodoxe des Balkans. Et l’incendie de Notre-Dame de Paris, ainsi que la reconstruction de la tour nord de la basilique-cathédrale de Saint-Denis, nous rappellent que même dans une Europe occidentale déchristianisée, la cathédrale dit toujours quelque chose de la nation.

Mathieu Lours est un historien de l’architecture spécialiste des architectures religieuses et de l’architecture française à l’époque moderne.

Les conférences seront désormais filmées et pourront être consultées quelques jours plus tard sur la chaîne https://www.youtube.com/@fondation-oeuvrenotredame de la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame.

Rendez-vous le mercredi 16 septembre à 18h – entrée libre
au Münsterhof, 9 rue des Juifs, Strasbourg