Comment des études en biologie et géologie mènent à la conservation du patrimoine

Comment des études en biologie et géologie mènent à la conservation du patrimoine

Lena Da Ros, étudiante à l’Institut National du Patrimoine a rejoint l’équipe conservation de la Fondation pour un stage de quelques semaines.

Après avoir obtenu une licence en biologie et géologie, Léna a également étudié l’orthophonie. Grâce à une rencontre avec un restaurateur de monuments historiques en Italie, elle s’est orientée vers la préservation du patrimoine. Quatre écoles en France dispensent un enseignement en restauration de sculpture, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne , l’école supérieure d’art et de design TALM de Tours, l’école Supérieure d'Art Avignon et l’Institut national du patrimoine (INP). Lena a intégré l’INP suite à sa réussite au épreuves du concours d’entrée (histoire de l’art, sciences, histoire des techniques, dessin, copie de couleur, dégagement de surface, oral de constat d’état, oral de motivation, copie de sculptures sur 5 jours). Au terme de ces cinq années d’étude, elle obtiendra un Master restaurateur du patrimoine : expert en conservation-restauration des collections patrimoniales. Dans le cadre de son cursus, Lena doit effectuer un certain nombre de stages, les trois premières années en France et la quatrième à l’étranger. Elle a choisi la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame pour son stage de troisième année car :

c’est la seule structure qui dépende d’un territoire et qui emploi un conservateur-restaurateur (Mathieu Baud) à temps plein, tout en n’étant pas un musée, ce qui est assez rare. Ses interventions sont très complètes, à la fois sur la sculpture et sur le monument, une plus-value pour ma formation. De plus, je souhaitais trouver un stage dans la région où je souhaite m’installer plus tard. C’est ma cheffe d’atelier qui m’a donné les coordonnées de Mathieu via une restauratrice de sculpture. Il était important pour moi de découvrir cette structure : la Fondation, qui n’est pas une entreprise, savoir comment on traite un monument dans sa globalité et enfin comment on peut utiliser la connaissance du matériau au sein de la restauration de manière concrète.

Les missions du stage

Les missions de Lena ont porté sur deux importants dossiers : la création d’un système fixatif pour la sculpture d’Erwin et l’évaluation du système de couvrement en plomb mise en œuvre sur la cathédrale.

L’intéressant pour moi était que ces dossiers présentent des domaines différents, la partie Ewin est une restauration traditionnelle, qu’on apprend à l’INP, avec en plus de la mise en pratique en condition réelle. Par contre, ce qui traite du dossier de la flèche, là c’est quelque chose qui touche le monument mais qui impact aussi les sculptures, quelque chose que je ne verrai nul par ailleurs.

Création d’un système fixatif pour la sculpture d’Erwin


Restitution des lacunes sur la statue d'Erwin par Michaël et LenaLena est arrivée au moment de l’opération la plus délicate qui consistait à refixer les deux pieds et sa base de la statue sur son socle. Après avoir dérestaurées les précédents traitements qui n’étaient pas adaptés et au préalable, réaliser les indispensables interventions en conservation : nettoyage, consolidation, comblement. Lena devait créer un système fixatif. Il s’agissait de formuler des adhésifs et la recherche des teintes, et de restituer les lacunes tout en tenant compte de la réversibilité. Elle a pris l’initiative de proposer une solution technique qu’elle a mise en œuvre pour restituer la partie qui comporte la signature du sculpteur Philippe Grass. L’essai a consisté en la préparation d’un mortier avec une solution qui puisse résister à l’extérieur, en utilisant des résines adaptées. Les mortiers tests ont montré une très bonne résistance au choc et à l’arrachement et Vincent Cousquer a vérifié s’il était possible de graver la signature. Lena, suite à ces essais concluants, validé par Mathieu et Vincent, a restitué les lacunes avec Michaël Chouteau qui a rejoint l’équipe conservation en septembre.

Évaluation du système de couvrement en plomb mise en œuvre sur la cathédrale


Retrait partiel du plâtre et du plomb au niveau des 100 mètresLa problématique du plâtre utilisé lors de la mise en œuvre traditionnelle des couvrements en plomb est mentionner par le LRMH [lien] qui a notamment constaté la présence de sels en l’occurrence du gypse au niveau de la voûte située au 100 mètres. La Fondation de l’Œuvre Notre-Dame a préconisé dans le carnet d’entretien, le dégagement partiel de la couverture plomb sur ce secteur. La seconde partie du stage de Lena était de proposer un protocole expérimental d’analyses sur la partie ouest, la plus exposées, et de vérifier que l’apparition de gypse ne pouvait être provoquée par d’anciens joints ciment non dérestaurés mais par le plâtre qui sert à homogénéiser la surface, créer une pente, accueillir les feuilles de plomb et isoler le grès. Le principe, proposé de concert avec Mathieu, est d’évaluer à temps 0 puis à temps X l’évolution des contaminations salines sur cette partie de l’édifice, cette méthode expérimentale sera également appliquée à l’ensemble de l’édifice concerné par le système plomb/plâtre. Les premières observations montrent d’ores et déjà un plâtre gorgé d’eau qui provoque une rétention de l’eau faute d’écoulement possible, pour Lena :

Le côté enrichissant est d’appréhender le comportement des matériaux dans leur globalité, l’impact anthropique ou politique, mais aussi la notion de chantier. Une concentration de ce que l’on applique à une œuvre à une plus grande échelle. De plus, le projet est suivi de bout en bout par une même personne avec toutes les étapes du processus de A à Z.

De son côté Mathieu évoque :

L’apport est réciproque : la venue d’une stagiaire et la durée du stage a été l’occasion de lancer ce dossier un peu en souffrance et d’ouvrir la réflexion.

Le protocole expérimental et les conclusions de l’évaluation feront l’objet d’une note technique à l’attention de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) et de l’Architecte en Chef des Monuments Historiques.
 

Au-delà de ces deux missions

Lena a aussi, pendant la durée de son stage, étudié la manière de restaurer des parements qui à son sens sont traités avec autant de finesse que s’il s’agissait de sculptures, une spécificité de la Fondation.

Au final, l’importance de ce stage pour l’institution, au-delà du travail réalisé par Lena, est cette reconnaissance de la discipline de la conservation-restauration et ainsi développer l’accueil d’étudiants de ce domaine. Lena rappelle pour conclure :

Grâce à mes études en biologie-géologie, j’ai conscience de l’importance de l’environnement et des effets de l’homme sur le milieu naturel et les matériaux géologiques. En effet, si on considère l’édifice dans sa globalité et en tenant compte des interactions entre le monument, l’environnement et l’humain, on ne peut concevoir la restauration qu’en pensant aux facteurs qui agissent sur celui-ci, le principal facteur étant pour l’instant l’humain. Lors de ce stage j’ai pu aussi découvrir que cette réflexion est déjà présente à la Fondation.