Fondation de l’Œuvre Notre-Dame

1275 à 1340 : Construction du massif occidental et de la tour sud

Hypothèse de restitution des étapes de construction de la cathédrale de Strasbourg, vers 1340
La construction du massif occidental, véritable chef d'œuvre de l'architecture gothique commence en 1276. Sa réalisation est associée au nom du maître d'œuvre Erwin dit "de Steinbach", qui réalise les parties basses. Son fils Jean et son petit-fils Gerlach poursuivent la construction jusqu'au niveau de la plateforme.

La poursuite des travaux selon les sources conservées

Aussitôt la nef achevée, des démarches sont engagées en faveur de la reconstruction du massif occidental roman :

  • En 1275, l'évêque Conrad III de Lichtenberg émet quatre lettres d'indulgences en faveur de l'église de Strasbourg qui, "avec son décor varié semblable aux fleurs de mai, s'élève dans les hauteurs, attire de plus en plus les regards des visiteurs et les enchante par ses doux agréments".
  • La démolition de l'ancien bloc de façade commence.
  • En 1276, les fondations anciennes sont transformées pour soutenir les parements de la nouvelle façade.
  • En 1277, le jour de la saint Urbain, le 25 mai, l'évêque Conrad pose la première pierre de la nouvelle façade. 
  • Vers 1286, le contrôle de la fabrique de l'Œuvre Notre-Dame passe du chapitre à la municipalité. 
     

L'architecture du massif occidental

Le massif occidental est une des plus imposantes manifestations de l'art gothique en Europe. Ses trois étages sont épaulés d'imposants contreforts. La véritable façade est cachée derrière un somptueux décor en relief composé de gâbles et d'arcatures aux motifs variés. Toujours sous l'influence des grands chantiers du royaume de France, le dédoublement de la paroi à cette échelle présente une véritable nouveauté. Le chantier de la cathédrale devient alors un important foyer créatif.

Inspiré du fameux dessin B, un des plus beaux dessins d'architecture sur parchemin (conservé à Strasbourg), c'est le maître d'œuvre Erwin, mentionné pour la première fois en 1284, qui érige les parties basses de la façade.

Les trois portails

Les trois portails du massif occidental s'inscrivent dans le prolongement de la nef. Ils sont richement décorés de sculptures :

  • le portail central, de statues de prophètes
  • le portail nord, des Vertus terrassant par des lances les vices sous leurs pieds
  • le portail sud, des Vierges sages et Vierges folles ainsi que les sculptures du Tentateur et du Christ Époux.
     

Les tympans racontent l'histoire du Christ, depuis son enfance (portail nord), en passant par la Passion et la Résurrection (portail central) au Jugement Dernier (portail sud). Endommagées pendant la Révolution toutes les voussures et une partie des tympans sont remplacées au début du XIXe siècle par des copies. 

L'étage de la grande rose

Au centre du premier étage s'ouvre la grande rose, qui est avec ses 13,60 m de diamètre, une des plus grandes en Europe. Son remplage à seize lancettes est situé dans le mur porteur, tandis que son décor ajouré (encadrement de redents à fleurons et de rosettes dans les quatre écoinçons est placé sur le mur-rideau. La grande rose s'inspire de la rose du bras sud du transept de Notre-Dame de Paris, achevée quelques années auparavant.

Les tours latérales aux larges baies sont dédoublées d'un réseau d'arcatures vertigineuses, qui représente de véritable voile de pierres. L'étage est achevé après la mort d'Erwin (en 1318) par son fils Jean, qui lui succède comme maître d'œuvre.

En 1291, d'après une chronique strasbourgeoise, les trois statues équestres sont posées dans les niches des contreforts de la façade, au niveau de la grande rose. Elles représentent les rois Clovis (466-511, premier roi baptisé des francs) et Dagobert (vers 610-639, roi des francs et fondateur du diocèse) et le comte Rodolphe de Habsbourg (1218-1291, roi de Germanie depuis 1273 et protecteur de la ville), tous considérés comme bienfaiteurs de la Ville.

En 1298, un incendie provoque des dégâts conséquents. Il détruit la toiture de la nef et endommage le mobilier (les cloches et les orgues). La saillie des encorbellements des maisons sur la rue, sera alors réglementée pour lutter contre la propagation des incendies par la proximité des maisons. La longueur autorisée est gravée sur le mur d'un contrefort du transept devant sa façade sud.

C'est le fils d'Erwin, Jean qui achève le second étage du massif occidental. Au-dessus de la grande rose il construit une galerie abritant dans ses niches des statues d'apôtres et de la Vierge qui assistent à l'ascension du Christ. Ces statues sont détruites à la Révolution et remplacées à plusieurs reprises. Les statues actuelles, sculptées par Ferdinand Riedel datent de 1910. Le maître d'œuvre Jean érige sans doute la tour sud avec ses trois grandes baies surmontées de gâbles et meurt en 1339.

L'épitaphe de la famille d'Erwin

Dans une petite cour au nord de la chapelle Saint-Jean est située l'épitaphe de la famille d'Erwin. Gravée en majuscules gothiques, dans plusieurs pierres d'un contrefort, on peut y lire l'inscription suivante (traduite du latin) :

"Le 21 juillet de l'an du Seigneur 1316 est morte Husa, l'épouse de maître Erwin. Le 17 janvier de l'an du Seigneur 1318 est mort maître Erwin, administrateur de la fabrique de l'église de Strasbourg. Le 18 mars de l'an du Seigneur 1339 est mort maître Jean, fils d'Erwin, maître d'œuvre de cette église."  

Autres réalisations

La chapelle de la Vierge

À l'intérieur de la cathédrale, maître Erwin érige en 1316 la chapelle de la Vierge. Elle est adossée au premier pilier nord de la nef et reliée au jubé par une passerelle. Détruite en 1682, plusieurs fragments de l'entablement de la chapelle subsistent, dont un porte le nom du maître d'œuvre Erwin en majuscules gothiques. Ils sont conservés au musée de l'Œuvre Notre-Dame et consultable sur le site Joconde.

Un nouveau couronnement pour la tour de croisée du transept

C'est probablement vers 1320 que la tour de croisée du transept est couronnée d'une nouvelle coiffe. Il s'agit d'une couverture en forme de bonnet d'évêque, d'où l'appellation "la mitre de l'évêque". Ses huit pignons en grès de style gothique sont ornés de réseaux et de rosaces aveugles. La toiture est surmontée d'une petite flèche qui comporte une représentation de la Vierge. La "mitre" sera détruite en 1759 par un incendie.  

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