Fondation de l’Œuvre Notre-Dame

Alexandre Braulio

© Simon Woolf
Alex est né à Colmar en octobre 1981 d'une mère alsacienne et d'un père savoyard. Il a passé une bonne partie de son enfance en Haute-Savoie et à Nice, il revient en Alsace en 1989.

Révélation vs passion

En 3e, Alex visite des salons d'orientation et cherche un métier en lien avec le dessin, son grand-père disait « il n'y a pas d'artiste dans la famille sauf toi ». Il souhaite avoir un métier « un peu hors du commun, quelque chose qui sort du lot ». Il n'imagine tout d'abord pas un métier en rapport avec la matière avant qu'il ne découvre la taille de pierre lors des Portes ouvertes à l'Association ouvrière des Compagnons du devoir et du tour de France : « reproduire un dessin dans la pierre, c'est une révélation ». Cette nouvelle passion se confirme, après un stage en entreprise chez Chanzy-Pardoux.

Il effectue son apprentissage en taille de pierre à la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame où Claude Schlewer (maintenant retraité) est son maître d'apprentissage. Il obtient son CAP en 1999, et bien qu'il rejoigne les Compagnons dans un premier temps, il ne souhaite toutefois pas poursuivre dans cette voie. Il s'oriente en effet, vers un BT Dessinateur maquettiste à Nantes pour suivre sa première passion le dessin. Finalement, Alex arrête son cursus au bout d'un an, même si quelques domaines lui plaisent comme la peinture, la typographie, l'histoire de l'art ; le dessin manuel est très peu abordé, la majorité de l'apprentissage se déroule sur ordinateur et le contact avec la matière est insuffisant. Il revient donc à sa « révélation » : la taille de pierre et à la Fondation pour cette fois-ci entreprendre un BP Métiers de la pierre. L'année passée à Nantes lui donne toutefois un peu plus d'assurance, entre autres en dessin et en histoire. Il a également la « chance » de travailler sur le chantier prestigieux de la flèche.

Nord vs Sud 

Alex est ensuite tailleur de pierre pendant deux ans chez François Keller à Molsheim. Lors de vacances en Corse, il tombe amoureux des paysages, des gens, de leur hospitalité et de leur générosité. Par conséquent il saisit, cinq mois plus tard, l'opportunité que lui offre Xavier Piacentini et devient chef des chantiers MH (Monument Historiques) de l'entreprise, en CDD (contrat à durée déterminée) d'un an.

Il retourne ensuite chez François Keller pendant neuf mois avant d'être rappelé en Corse à son ancien poste. Alex conduira notamment, les chantiers de restauration de l'Église Saint-Jean-Baptiste de Bastia, de la Chapelle impériale d'Ajaccio, de l'Église Sainte-Marie-Majeure de Bonifacio : « pendant trois ans, la Corse m'a apporté autant de richesses sur le plan humain que sur le plan professionnel mais lorsque mon collègue Christian m'a appris qu'un poste de tailleur de pierre se libérait à la Fondation, j'ai quand même hésité. En effet, j'étais bien payé, mon patron était content de moi mais j'avais aussi toujours rêvé de retrouver ma cathédrale». Après réflexion, Alex décide de postuler et il est recruté peu de temps après, une page se tournait.

Du débit à la conservation

Alex rejoint la Fondation en 2008, sur le poste de scieur aux ateliers de la Meinau. Il gérait notamment avec Christian le parc à blocs et prospectait avec lui en carrière pour choisir les grès de restauration. Il prêtait également main forte à la taille. Cependant depuis peu, Alex a rejoint Mathieu et Jon à la conservation, « au début c'était assez difficile pour moi de changer, je suis très attaché à mon métier mais je vois désormais la conservation autrement. Nous avons une vraie carte à jouer dans ce domaine. Au-delà des méthodes ancestrales, il est important d'évoluer et de s'en donner les moyens. On se rend peu compte de cette facette du métier de conservateur-restaurateur, de sa complexité, de cette recherche permanente d'améliorer les techniques et d'avoir une vision à long terme de l'édifice. C'est aussi un vrai plus de choisir un artisan car il connaît la matière, le support. On peut mettre en œuvre des pratiques de conservation sans pour autant perdre son métier d'origine, ce que l'on a acquis par ailleurs.»

Le silence

Alex aime toute la cathédrale mais il a quelques préférences pour les endroits silencieux surtout la tour Klotz où le son de la ville n'est plus que murmure et la vue sur les institutions européennes est imprenable. C'est un beau clin d'œil à la longévité de l'édifice malgré son histoire mouvementée.

Des passions

Comme il est écrit plus haut, le dessin est la passion première d'Alex avec la peinture. Elle lui permet de se couper du stress et d'évacuer les mauvais moments de la journée. Toutefois, il s'intéresse aussi aux sciences, surtout à la biologie et ne pourrait vivre sans musique.

Mot de la fin

Si la Fondation doit rester une référence et vivre avec son temps, elle se doit de s'en donner les moyens. La communication, les échanges, les portes ouvertes sont plus que vitales pour nous. Ce sont aussi les strasbourgeois et les touristes qui nous accordent notre légitimité. Nous avons besoin d'être soutenus  par eux car la Fondation est un atout majeur pour la cathédrale. Il faut poursuivre les échanges avec nos collègues des différents ateliers, innover et évoluer pour ne pas disparaître. Nous devons également préserver tous les savoirs, les connaissances pour nos successeurs. Nous avons une lourde responsabilité et nous nous devons d'être exigeants aux yeux de l'Architecte en Chef des Monuments Historiques, des élus, des entreprises et produire un travail digne de la Fondation. Mes craintes sont de perdre ces savoirs mais aussi que peu de chantiers sont prévus sur la cathédrale pour la Fondation. Il nous faut donc prendre des risques pour avancer, se lancer de nouveaux challenges et pouvoir regarder en arrière et se dire que nous avons tout fait pour que cela fonctionne. »

Publication 2017

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