Fondation de l’Œuvre Notre-Dame

La façade ouest du bras sud du transept

La façade ouest du bras sud du transept échafaudée
La restauration de trois styles et techniques architecturaux : roman, gothique et du XIXe siècle et la conservation maximale de l'authenticité et les nombreuses traces de polychromies, illustrent l'efficience de l'interdisciplinarité de ce chantier.

Historique

La façade ouest du bras sud du transept est caractérisé par deux périodes de construction : celle de style roman au nord (vers 1180-1190) et celle de style gothique au sud (vers 1220-1230).
L'abandon de la construction romane aux couvrements charpentés est dû au maître d'œuvre du chœur. Il projette un couvrement voûté des transepts.
Selon certains historiens, Hermanus Auriga pourrait être un des maîtres d'œuvre de la partie romane. Architecte de l'évêque Conrad II, on lui doit sans doute l'agrandissement de la ville de Strasbourg.

Les tourelles superposées (heptagonale et octogonale) situées à l'angle du transept sud et de la nef, sont construites vers 1240, en même temps que la première travée de la haute nef. Elles sont partiellement restaurées par l'architecte Gustave Klotz entre 1878 et 1879 suite aux dégâts de guerre de 1870. La façade ouest du bras sud du transept est ceinte d'un garde-corps (balustrade) ajouré de style gothique flamboyant, restauré entre 1897 et 1899 par Ludwig Arntz, architecte de la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame.

La façade ouest fait l'objet de très peu d'interventions, elle est donc d'un très haut degré d'authenticité. L'ensemble est très riche en marques lapidaires, en aspects de taille et autres traces archéologiques (saignées, trous de boulin, etc.).
La façade ouest présente de nombreuses traces de polychromie, témoins d'anciens décors peints sur les maçonneries de la cathédrale. Les plus distinctes sont situées dans la partie supérieure du mur et sur les frises romane et gothique. Des traces sont également visibles dans les ébrasements des baies ainsi que sur la tourelle heptagonale.

Le chantier de conservation-restauration

En 1983, une intervention d'urgence a nécessité la dépose du grand pinacle haut de 5,40 m qui couronnait le dé de balustrade centrale. Sa copie est réalisée en 2004 et posée au cours du chantier en 2010.

2007-2009, les études

Les travaux débutent par la réalisation de l'étude préalable en 2008 puis du Projet Architectural et Technique (PAT) en 2009. Elles sont validées toutes deux par la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC).

En 2008, l'échafaudage est posé et le bureau d'études termine les relevés, les plans et les fiches de taille commencés en 2007. Cette même année des prises d'échantillons sont effectuées suivies de leurs analyses. Des cartographies détaillées des altérations et des polychromies sont établies.

L'atelier de taille et de sculpture réalise l'ensemble des copies exactes et conformes  des pièces à restaurer, dont les estampages et les restitutions des têtes de gargouilles manquantes pour les deux tourelles ainsi que l'ensemble des balustrades couronnant la façade ouest.

2009-2010, au cœur du chantier

Un des sculpteurs de la Fondation a relevé les 208 marques lapidaires (repérage géographique et photographies) identifiées sur l'ensemble du chantier. Ces marques sont intégrées à la base documentaire de la Fondation.

La tourelle octogonale

Le bombardement du 11 août 1944 a endommagé le couronnement de la tourelle octogonale, édifiée (1878-1879) par l'Architecte de l'Œuvre Notre-Dame Gustave Klotz. Elle était couverte depuis 1945 d'un carton bitumé.

La partie sommitale a fait l'objet d'une restitution complète grâce aux nombreux documents laissés par Gustave Klotz, conservés à la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame. L'appareil adopté pour la restauration est celui de la fin du XIXe siècle.

Les tailleurs de pierre ont restauré les cinq dernières assises de la partie sommitale du couronnement et les sculpteurs cinq des huit gargouilles et la sculpture du chien assis du fleuron de terminaison.

Ils ont aussi estampé l'ensemble des gargouilles (existantes et restituées) et le chien. L'Architecte en Chef des Monuments Historiques (ACMH) a validé les modèles réalisés d'après les photos du XIXe siècle et des dessins pour le chien.

Les conservateurs-restaurateurs ont quant à eux traité en conservation les trois gargouilles encore existantes et un grand nombre de pièces avec pour objectif de sauvegarder au maximum les restaurations du XIXe siècle.

À l'occasion du sommet de l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) le 4 avril 2009 à Strasbourg et de la visite des conjoints des chefs d'états aux ateliers de la Fondation, les artisans ont gravé une inscription à l'intérieur du couronnement de la tourelle octogonale pour commémorer l'événement.

La tourelle heptagonale

C'est un des derniers clochetons partiellement authentiques de la cathédrale. Son appareil est majoritairement d'origine. La partie sommitale est restaurée au XIXe siècle et quelques éléments de gâble proviennent d'une restauration du XVIIIe siècle.

Sa restauration a nécessité la dépose complète de la partie sommitale puis sa reconstruction en conservant un maximum de pierres d'origine. Les boutons entièrement disparus ont été remplacés en s'inspirant de ceux d'autres tourelles et de photographies anciennes de la cathédrale. Les artisans ont aussi réalisé de nombreuses greffes pour conserver le maximum d'éléments anciens.

Les sculpteurs ont estampé les gargouilles et le chat de Ludwig Arntz (1897) situé au sommet de la tourelle, pour compléter la collection de plâtres. Ils ont apposé une greffe d'un museau sur une des gargouilles et restitué deux têtes d'après les photos du XIXe siècle après la validation des modèles par l'ACMH.

Les conservateurs-restaurateurs ont traités les trois gargouilles existantes et le chat en conservation.

L'équipe de pose a, lors de la restauration du couronnement de la tourelle, glissé à l'intérieur de la tourelle une boîte pour les historiens et les restaurateurs du futur. Elle contient, des fiches de taille, le plan de pose, des pièces de monnaie et … une bouteille de bon vin.

La façade occidentale

Les fortes altérations ont nécessité la restauration de balustrades, mains courantes et corniches. Certaines de ces dernières présentaient la particularité de restaurations antérieures. En effet, Ludwig Arntz (XIXe siècle) avait mis en œuvre des techniques d'empiècements en queue d'aronde ou en crossette. Les tailleurs de pierre ont respecté cette technique lors des copies exactes des pièces.

Le glacis du contrefort de la croisée situé à l'angle de la tourelle heptagonale et du mur ouest est un élément d'origine (vers 1180-1200). Après un débat entre la conservation des originaux et la préservation de l'ensemble du mur situé sous le larmier de ce glacis, il est remplacé. En effet, cet élément de larmier était fortement altéré et il était capital de lui restituer sa fonction et préserver ainsi les parties inférieures.

Le contrefort roman central a fait l'objet de soins principalement en conservation pour préserver toute son authenticité. Ainsi, les engravures des anciennes toitures, les saignées en U et tous les parements d'origine ont été préservés.

Par ailleurs, ce chantier était aussi l'occasion de tester de nouveaux matériels et techniques comme le laser LIBS (Laser Induced Breakdown Spectroscopy) qui permet l'analyse sur site sans prélèvement ou le nettoyage au laser. L'ensemble du mur a fait l'objet de traitements en conservation, entre autres le nettoyage, le comblement des fissures et fractures, la fixation des détachements en plaque, l'application de solins, les ragréages et le jointoiement. Les traces de polychromies ont été nettoyées et consolidées par un fixatif.

La frise romane à billette et la frise à feuillage gothique

Ces deux frises présentent de précieuses polychromies. L'élaboration du protocole d'interventions en conservation a commencé par de nombreuses analyses des pierres polychromées. Les échanges entre le LRMH (Laboratoire de Recherches des Monuments Historiques), laboratoires et entreprises de conservation privées ont permis d'établir un protocole rigoureux à même de respecter l'authenticité de cette partie de la cathédrale tout en stabilisant les altérations.
Les sculpteurs ont toutefois remplacé un module et un demi élément très altérés de la frise gothique. Ils les ont sculptés après avoir effectué l'estampage d'un élément d'origine.

"Pierre aux deux personnages"

Il s'agit d'une pierre située sur la tourelle heptagonale. Elle date du XIIIe siècle et présente une scène avec deux bustes d'homme. Elle est traitée en conservation puis estampée.

Les traitements en conservation ont consisté à stabiliser les nombreuses altérations, à assainir le grès et à rendre à l'élément sa lecture et sa cohésion d'ensemble (notamment dans la partie supérieure recevant les eaux de pluies).

Les pathologies alors constatées étaient de nombreuses fissurations et éclatements dus à la cristallisation de sels dans le matériau, des exfoliations avec perte de matière, du gypse en surface (croûtes noires) et dans une moindre mesure un phénomène de desquamation.

Une "casquette" en cuivre et plomb posée en 2010 par une entreprise privée, assure désormais une protection supplémentaire.

Quelques chiffres

Les artisans ont remplacés 164 pièces, soit environ un volume 16 m3 :

  • 13 balustrades
  • 11 mains courantes
  • 27 corniches ou éléments de corniche
  • 11 éléments de gâble
  • 6 boutons de gâble
  • 12 talus de contrefort ou appareils en talus
  • 1 collerette de fleuron
  • 1 fleuron avec crochets
  • 1 chien assis
  • 27 parements ou éléments de parement
  • 14 greffes
  • 4 bouchons de boudin
  • 4 appuis de baie
  • 7 glacis
  • 2 éléments de frise à feuillage gothique
  • 16 éléments du clocheton heptagonal
  • 8 éléments du mur.

Ce qui équivaut à

  • env. 2 300 heures pour les relevés et les études
  • env. 10 400 heures pour la taille de pierre
  • env. 3 800 heures pour la sculpture
  • env. 3 8700 heures pour la conservation
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