Fondation de l’Œuvre Notre-Dame

1235 à 1275 : Construction de la nef

Hypothèse de restitution des étapes de construction de la cathédrale de Strasbourg, vers 1275
L'ancienne nef romane est remplacée par une nouvelle nef de pur style gothique en seulement 45 ans. Avec le chœur de la cathédrale de Cologne, en construction à partir de 1248, la nef strasbourgeoise est la plus importante création gothique du Saint-Empire, au milieu du XIIIe siècle.

La nouvelle nef et le style du gothique rayonnant

La nef gothique, haute de 32 mètres, s'élève sur les fondations romanes du XIe siècle. Ceci explique sa grande largeur de 36 mètres. Elle s'inspire pleinement, par son architecture, du style gothique rayonnant, qui a pour caractéristiques :

  • une élévation à trois niveaux avec de grandes arcades, un triforium et de hautes baies
  • des murs évidés et allégés au profit d'immenses baies
  • le recours au système du contrefort et de l'arc boutant pour contrebuter le vaisseau central et dégager les eaux pluviales, par les chéneaux et les gargouilles.

 

La nef strasbourgeoise

Les autres caractéristiques de la nef sont les énormes piliers fasciculés qui portent les grandes arcades. Celles-ci sont surmontées d'un triforium ajouré qui comporte une galerie de circulation. Au-dessus s'ouvrent, sur la majeure partie du mur, de grandes fenêtres. Elles sont composées de quatre lancettes et d'un remplage de trois roses. Les murs et les parements en pierre sont réduits à minima pour laisser la place à de grandes baies vitrées qui apportent un maximum de lumière à travers des vitraux figuratifs.

Les chapiteaux sont ornés de formes végétales qui témoignent d'une grande richesse et d'une qualité artistique exceptionnelle. Les écoinçons du triforium sont sculptés uniquement dans les trois premières travées, ce qui signifie un changement de projet.

À l'extérieur, des arcs-boutants à une seule volée contrebutent le vaisseau central. Ils sont percés par des oculi dans lesquels s'inscrivent des quadrilobes. Un système de chéneaux sert à l'évacuation et l'écoulement des eaux de pluie.

Les niches à baldaquins situées sur les culées sont destinées à abriter une série de sculptures. Seules les premières culées situées à l'est ont accueillis des statues au Moyen Âge. Au XVIIIe et au XIXe siècle des statues comblent les niches restées vides du côté sud de la nef.

Une construction en trois phases

Le nouveau vaisseau est érigé dans la continuité immédiate de la construction du bras sud du transept, en trois phases distinctes, d'est en ouest.

Au moment de l'achèvement du bras sud du transept, les premiers travaux pour la reconstruction de la nef romane sont entrepris : l'érection des murs gouttereaux des deux premières travées des bas-côtés de la nef. Du fait de la construction des chapelles Sainte-Catherine et Saint-Laurent au XIVe et XVIe siècles, peu de traces subsistent de cette campagne. La majeure partie de la nef est construite dans les deux phases qui suivent :

  • les trois premières travées à l'est entre 1240/45 à 1250/60,
  • les quatre travées à l'ouest aux alentours de 1250/60 à 1275.

Tandis que la date de l'achèvement de la nef en 1275 est connue grâce à une ancienne chronique, la date de la transition entre la deuxième et la troisième étape reste incertaine.

Au fur et à mesure de l'avancement de la nef, les baies sont garnies de vitraux. Ils s'inscrivent dans une iconographie précise :

  • les prophètes dans le bas-côté sud (remplacés au XIVe siècle par un cycle dédié à la vie du Christ et de la Vierge)
  • les rois et empereurs du Saint-Empire dans le bas-côté nord
  • sur le côté sud du vaisseau central, les saintes femmes
  • sur le côté nord, les saints hommes.  

 

Le rôle incertain de la bataille de Hausbergen

La bataille de Hausbergen du 8 mars 1262, est le point culminant dans la querelle entre la bourgeoisie strasbourgeoise et l'évêque Walter de Geroldseck (évêque entre 1260 et 1263), qui voit de plus en plus son autorité remise en cause.

Cette bataille, à la laquelle tous les bourgeois de la Ville participent, a-t-elle joué un rôle décisif dans la construction de la nef ? Les historiens et historiens d'art ne sont pas unanimes. Bien qu'elle ait sans doute provoqué l'interruption du chantier et que l'évêque soit expulsé de la Ville après la bataille, cela ne semble pas avoir déclenché d'arrêt important du chantier. L'administration de la construction de la cathédrale est alors entre les mains du chapitre. Par la suite, elle va passer successivement du chapitre au contrôle municipal (1282/1286).

Le jubé, un chef d'œuvre de l'architecture et de la sculpture rayonnante, aujourd'hui disparu

Le jubé séparait la nef consacrée aux fidèles du chœur réservé aux chanoines. Haut de sept mètres, il s'ouvrait vers la nef par sept arcatures surmontées de gâbles, autour desquels figuraient les sculptures des apôtres et de la Vierge à l'enfant. Son l'architecture et ses sculptures s'inspiraient largement de l'art rémois de l'époque.

Le jubé est détruit en 1682 pour s'accorder aux nouveaux besoins liturgiques et esthétiques. Ses sculptures sont en grandie partie conservées et aujourd'hui exposées au musée de l'Œuvre Notre-Dame. Elles peuvent être consultées également sur le site Joconde.

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