Fondation de l’Œuvre Notre-Dame

Le compagnonnage à la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame

© Frédéric Degenève
Les ateliers de la cathédrale sont un des passages privilégiés pour les compagnons itinérants. L'aspirant peut y perfectionner les techniques de taille manuelle. Nos ateliers comptent aussi trois compagnons sédentaires dont voici les parcours.

Un peu d'histoire

Les premières traces d'une forme de compagnonnage apparaissent en France lors de la construction des cathédrales. Sous l'Ancien régime, les artisans sont regroupés en corporations avec différents grades : apprenti, compagnon et maître. Il était difficile d'atteindre le dernier grade, celui-ci était souvent attribué par filiation. L'ouvrier ne pouvait quitter son maître sans l'accord de ce dernier. Dès lors, les artisans s'opposent à cette coutume et créent des sociétés indépendantes qui seront qualifiées à partir de 1719 de « compagnonniques ».

Elles seront maintenues lors de la Révolution Française mais se verront interdites peu de temps après. Les compagnons sont alors persécutés jusqu'à la seconde guerre mondiale. Au XIXe siècle, la tradition médiévale de nommer l'artisan par son prénom et sa provenance est remplacée par un nom de compagnon, anonyme, qui rappelle, par exemple, une vertu significative.

Au fil du temps et de l'histoire cette structure se scinde en plusieurs sociétés, entre autres : la Fédération compagnonnique des métiers du Bâtiment (ou les Compagnons du Tour de France), l'Union compagnonnique, l'Association des compagnons passants tailleurs de pierre et l'Association ouvrière des compagnons du Devoir et du Tour de France (ou les Compagnons du Devoir). C'est de ces deux dernières associations que proviennent trois de nos artisans.

Être compagnon n'est pas un diplôme, c'est un statut, un ordre ouvrier où la transmission est donnée sans réserve et la valeur du travail mise en avant. L'apprentissage chez les compagnons offre plus d'autonomie que le système éducatif classique mais l'aspirant est tenu par un engagement moral vis-à-vis de la communauté. C'est une vie d'adulte qui commence dès l'adolescence et qui permet aussi de voyager. Le travail est intense et demande beaucoup d'investissement ; en entreprise la journée, les cours de dessin le soir, les cours de taille le samedi et de dessin toute la journée, puis les « gâches » ou corvées à tour de rôle.

C'est en France que la tradition du compagnonnage est la plus importante. Depuis 2010, « Le compagnonnage, réseau de transmission des savoirs et des identités par le métier » est inscrit sur la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Il existe toutefois des sociétés compagnonniques en Belgique, en Suisse et en Allemagne.

Trois parcours

Relevé du vestibule de Johann Knauth par PierrePierre a commencé, comme chaque compagnon, par être apprenti pendant 15 mois (Compagnons du devoir). Sa pièce d'adoption est une fenêtre en taille de pierre, de style Renaissance de la maison des compagnons de Saumur. En 1979, il obtient son CAP (Certificat d'Aptitude Professionnel) et parcourt, pendant cinq années, plusieurs villes de France. Pierre débutera son apprentissage à Angers puis ira à Chinon, sur des chantiers dans le Val de Loire, à la Rochelle, Bordeaux et Nîmes après son service militaire. Dès 1983, il travaille pour la cathédrale de Strasbourg, tout d'abord pour l'entreprise Chanzy-Pardoux et depuis 1987 à la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame.

Pierre est reçu compagnon sédentaire en 1993 et désormais nommé « la Patience du Mans ». Sa pièce de réception est un ouvrage d'appareilleur, celui du relevé du vestibule de Johann Knauth (bas-côté nord de la cathédrale). Ce plan au 1/10e est précieusement conservé dans les archives de la Fondation. Meilleur Ouvrier de France depuis 1991, il choisira le thème du dessin plutôt que celui de la taille de pierre. Pierre a rejoint l'Association des compagnons passants tailleurs de pierre, créée en 2000 à Cluny.

Canne de compagnon de FrédéricPour Éric, la taille de pierre est une révélation et les compagnons, le passage obligé (son père est compagnon tailleur de pierre).
À 16 ans (en 1981), il commence par deux ans d'apprentissage (Compagnons du devoir) à Troyes. Sa pièce d'adoption est un vase elliptique en pierre calcaire de Jaumont (pierre de Moselle) toujours exposée à la Maison d'Auxerre. Il poursuit son tour à Lyon puis à Struth en Alsace chez Bragigand un fabriquant de cheminée et à Arras. En 1985, ses pas le mènent sur les chantiers de la cathédrale de Strasbourg avec l'entreprise RMTP puis à Karlsruhe (Allemagne). Éric travaillera pendant près de dix ans à Paris (Louvre, rotonde de la Villette, chapelle royale de Vincennes) et 5 ans comme responsable de chantier de Notre-Dame de Paris. Il retourne ensuite sur les chantiers de la cathédrale de Strasbourg (côté nord) chez Chanzy-Pardoux.

Éric est reçu en 2000 en tant que compagnon sédentaire et devient « la Volonté de Liré ». Il conçoit pour sa pièce de réception le plan d'un projet de bâtiment européen, avec un outil de DAO/ CAO (Dessin/ Conception Assistée par Ordinateur). Cet édifice de la dimension d'une cathédrale et constitué uniquement de formes elliptiques. Deux compagnons en ont réalisé la maquette en pierre. En 2007, Éric rejoint la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame.

Chef d'œuvre de FrédéricFrédéric a commencé son apprentissage en 1992 à Rodez (Compagnons du devoir) après un pré-stage pour éprouver ses capacités et confirmer son choix de devenir tailleur de pierre. Durant sa deuxième année d'apprenti, il postule aspirant compagnon afin d'effectuer son tour de France. Sa pièce d'adoption est un élément du linteau avec départ de pinacle pour la porte du château de Taurines, dans l'Aveyron. Il obtient ensuite son CAP qu'il passe en candidat libre comme ses « frères ». Il part à Angers, rejoint Toulouse puis Paris. Il arrête son tour le temps d'achever son service militaire et poursuit son périple vers Strasbourg où il prépare son brevet de maîtrise. C'est en 2000 à Tours qu'à lieu sa réception.

Frédéric est désormais « la Rigueur de Sète  ». Son chef-d'œuvre est une balustrade circulaire rampante monolithe qui regroupe 700 heures de travail. Il désirait symboliser le voyage : l'art du trait avec un motif repris sur la cathédrale de Strasbourg, la matière avec une pierre de Richemont jaune et la croix du Languedoc pour sa terre natale.
En 2000, il regagne Strasbourg où il devient l'appareilleur de la société Chanzy-Pardoux pour les chantiers côté nord de la cathédrale, où il est formé par Éric. En 2001, Frédéric est recruté par la Fondation de l'Œuvre Notre-Dame.
 

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