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angle-left Sculpteur praticien, un métier indispensable à la conservation-restauration des monuments historiques

Sculpteur praticien, un métier indispensable à la conservation-restauration des monuments historiques

© Fondation de l'Œuvre Notre-Dame
Depuis plus de 30 ans, il n’existe plus de formation pour devenir sculpteur praticien. Une carence qui peut devenir préjudiciable pour les interventions sur les Monuments Historiques.

Le manque de formations spécifiques

Jusque dans les années 80, la formation en sculpture sur pierre (praticien) se déroulait sur quatre ans dont les six premiers mois étaient consacrés à la taille de pierre. La sculpture n’est désormais plus étudiée que dans des établissements d’enseignement artistique où l’apprentissage des techniques, de copie propre au praticien (trois compas, mise-aux-points), de modelage, de moulage et d’estampage est marginal.

La transmission du métier de sculpteur praticien aujourd’hui

La formation de sculpteur praticien passe aujourd’hui essentiellement par la transmission du métier par des sculpteurs confirmés. Peu d’étudiants en art font le choix de la conservation-restauration.
À la Fondation de l’Œuvre Notre-Dame, on compte avant-guerre jusqu’à 40 sculpteurs et de sept à huit dans les années 90. Depuis, l’effectif est de trois sculpteurs justifié désormais par la volonté de conserver au maximum les pierres de la cathédrale. Aujourd’hui il s’agit d’Albert Martz repsonsable de l’atelier de sculpture, de Vincent Cousquer et de Nathalie Masson. Cette dernière a suivi une formation de deux ans à l'École d'Art et de Design de Valenciennes puis a travaillé auprès de plusieurs sculpteurs avant de rejoindre la Fondation en 2005. Vincent d’abord titulaire d’un CAP de taille de pierre, est formé à la sculpture à la Fondation, auprès d’un ancien sculpteur, et devient Meilleurs ouvrier de France en 2007. Albert, pour sa part, après avoir pratiqué la taille de pierre pendant une quinzaine d’années, intègre l’atelier de sculpture, et obtient également le concours de Meilleurs ouvrier de France en 2007.
L’institution reçois très peu de demandes de formation en sculpture, car elles ne sont pas sanctionnées d’un diplôme, la dernière en date est celle de Pierre Mura, apprenti en BP Métiers de la pierre depuis la rentrée 2017.

Pierre Mura, du bois à la pierre, de la taille à la sculpture

Pierre commence tout d’abord par une formation en menuiserie chez les Compagnons du devoir puis s’oriente vers la taille de pierre et s’inscrit pour une  mention complémentaire en sculpture. Toutefois, les techniques ne sont que survolées et ne sont pas suffisantes pour acquérir la maîtrise des pratiques en sculpture. Après un stage chez le sculpteur Christian Fuchs, à la fois créateur et restaurateur MH (Monuments Historiques), il est accueilli à la Fondation en tant qu’apprenti. En premier lieu Vincent, son maître d’apprentissage, lui enseigne les principes de la sculpture en copie conforme mais aussi ceux de la conservation-restauration, l’histoire et les styles présents sur la cathédrale. 

L’apprentissage de Pierre est un peu différent de celui de certains de ses prédécesseurs qui partaient de zéro. Pierre a déjà deux ans d’expérience et grâce à ces deux années à la Fondation il va appréhender le Moyen Âge, au travers des styles roman et gothique, du primitif au flamboyant, le végétal, le bestiaire et la statuaire, la ronde-bosse, le relief et l’estampage. Pour compléter sa formation, Pierre suit des séances de dessin d’après nature, qu’il tente de parfaire à la Fondation, en figurant des motifs de la cathédrale [Vincent]

Vers une disparition des savoirs et savoir-faire ?

Le risque est réel. Le peu de formations proposées et l’absence de diplômes est une problématique pour la conservation-restauration des monuments tels que la cathédrale de Strasbourg. Bien que la Fondation continue à transmettre les techniques de sculpture - exclusivement manuelles - pour la réalisation de copies conformes, ses sculpteurs s’alarment de constater que la machine remplace peu à peu la main de l’homme au détriment du sens de l’objet, du mouvement imprégné dans la pierre par les sculpteurs du passé. La mécanique aux dépens de l’intuition où le rationnel domine et néglige la vie insufflée dans cette roche séculaire par des êtres vivants.